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Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie Michael WOLF

Paris Street View No. 28, 2009

 

Street View explore la relation photographe-photographié lorsque ce dernier nest pas conscient quil est le sujet dune photographie. Paris Street View est une série réalisée à partir de captures décran du logiciel « Street View » créé par Google qui permet aux internautes de voir des images prises dans les grandes villes internationales, à intervalles réguliers, grâce à une caméra posée sur une voiture qui sillonne les rues, avec pour projet de créer une carte photographique mondiale. Michael WOLF utilise ces images comme matériau brut avec un double objectif : rendre une vision contemporaine de Paris et trouver une nouvelle manière de montrer une ville dont chaque monument, chaque rue, chaque terrasse de café a déjà été immortalisé par les plus grands noms de la photographie, dEugène Atget à Willy Ronis et Robert Doisneau. Car si les villes américaines ou asiatiques ont su intégrer à leur héritage architectural des bâtiments récents qui illustrent la création architecturale contemporaine, Paris est restée figée dans ses beautés historiques et la ville na architecturalement parlant que peu évolué depuis Haussmann. La série Paris Street View, très pixélisée, peut étonner au premier abord lorsque lon connait les photographies architecturales de Michael WOLF dune précision de détails incroyable. Paris Street View est cependant une suite logique à ses précédents travaux. Déjà dans Transparent City, série réalisée à Chicago la densité des immeubles de Hong Kong laissait place à la transparence dune architecture de verre qui parlait plus des habitudes de vie des habitants de ces immeubles que darchitecture à proprement parler. Pendant ce travail, Michael WOLF se passionna pour la vie intime de ces personnes, à travers les vitres des buildings et agrandit certaines scènes de vie qui donnèrent lieu à une série de photographies – Détails – elle aussi très pixélisée, dans laquelle le côté « voyeur » de son approche émerge. Cest le tout internet, laccélération des moyens de communications, les flux de données, détudes de marchés, ce monde de gros plans, dans lequel nous sommes tous « pixélisés », qui a paradoxalement ouvert une voie de recherche à Michael WOLF. En sappropriant les images issues de « Google Street View », avec leur vocabulaire propre, fait de lignes superposées, de flèches indicatives et de formes géométriques qui se chevauchent, il fait entrer le Paris haussmannien dans le présent, voire le futur, et suggère une nouvelle façon de voir la ville : un cercle entourant une silhouette prolongé par trois flèches orientées dans différentes directions semble désigner une infinité de possibilités ; limage dun croisement de rues prend une toute autre signification lorsque les noms de ces rues apparaissent opposés sur limage : « rue de la Fidélité » et « rue du Paradis ». Mais Paris Street View questionne également la prolifération des lois sur la protection de lintimité et les mesures anti-terroristes qui limitent – voire empêchent – le travail des photographes dans les grandes villes, alors que dans un même temps Google offre à toute personne ayant une connexion Internet la possibilité de voir des millions dimages prises en temps réel dans tous les lieux de la planète ; et met en lumière labsurdité de la volonté de contrôle de la pratique de la photographie alors que lapparition du numérique a rendu celle-ci accessible à tous.

Publié dans Janvier 2012

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