Voler, planer comme les oiseaux

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie de la première traversée de la Manche par un aéroplane - Louis Blériot décolle du lieu-dit "Les Baraques" à la sortie de Calais, le 25 juillet 1909 à  4h35 pour atterrir à Douvres à  5h12, accomplissant la première traversée de la Manche à  bord d'un appareil plus lourd que l'air.

 

Voler, planer comme les oiseaux qui virevoltent librement dans le ciel, a enflammé de tous les temps l’imagination de l’homme. C’est seulement à la fin du XIXème siècle que furent résolus les multiples problèmes que posait le vol d’un engin à moteur. En 1903, Wilbur et Orville Wright réussissent aux États Unis, un vol extraordinaire de ... 250 mètres. Quelques années plus tard, soucieux d’encourager le développement de l’aviation, un quotidien, le « Daily Mail » de Londres offre un prix de 1000 livres à celui qui réussira la première traversée de la Manche en aéroplane.

Louis Blériot (1872-1936) et Hubert Latham (1883-1912) décident de concourir pour ce prix : Latham dispose d’un monoplan l’ « Antoinette ». Le 19 juillet 1909, il décolle de la falaise de Grand Nez près de Calais. A quelques kilomètres seulement de la côte anglaise, son moteur s’arrête et l’avion tombe en mer. Il est déjà à demi submergé lorsque le contre-torpilleur « Harpon » parvient à le tirer de sa situation périlleuse. De son côté, Blériot se prépare sérieusement. Il ne faut pas oublier qu’à cette l’époque, vouloir traverser la Manche est aussi hardi que, de nos jours s’élancer vers Mars. Le fragile appareil de Blériot n’était équipé que d’un petit moteur Anzani de 25 CV. Au cours d’un vol d’essai l’avion s’écrase au sol et Blériot est blessé à la jambe. Mais cela n’entame en rien sa détermination. A peine peut-il de nouveau poser le pied par terre qu’il recommence ses préparatifs pour la traversée.

Le 25 juillet 1909, la météo est favorable. A 4 heures 30 du matin Blériot est près à décoller. Il demande au correspondant d’un journal anglais dans quelle direction se trouve Douvres ! Car il n’existe à l’époque aucune aide à la navigation aérienne. Le petit avion décolle, franchit les falaises, vole au dessus de l’eau, 80 mètres plus bas le contre-torpilleur français l’« Escopette l’accompagne, prêt à le repêche. Dix minutes plus tard, le bateau a disparu loin derrière l’avion ; mais la côte anglaise n’est toujours pas en vue. Blériot à l’impression d’être perdu sur la mer ! Il continue pourtant à voler régulièrement. Il

a bien le sens de la direction générale à suivre mais, l’absence de point de repère, cela n’est pas facile. Plus tard, au cours de la guerre de 1914-1918, il arrivera à de nombreux pilotes égarés au-dessus de la Manche, de s’abîmer dans les flots. Enfin, avec soulagement, Blériot aperçoit devant lui les blanches falaises de Douvres et l’herbe verte des prairies. Son moteur commence à chauffer mais une averse providentielle le refroidit quelque peu. Blériot continue à avancer, cherchant un passage entre les falaises. Vers l’Ouest, il aperçoit un champ sur lequel un homme agite un drapeau tricolore. Blériot prend contact avec le sol. Le terrain n’est pas aussi bon qu’il croyait : il brise son hélice et endommage quelque peu son appareil. Mais il est sain et sauf.

Ce vol historique avait duré 40 minutes. Heureux de son succès, Blériot s’extrait de sa machine ; la foule arrive et l’entoure. Des douaniers accourus lui demandent s’il n’a rien à déclarer ! Pendant ce temps, en France, Latham comprend qu’il est battu. Le temps de préparer son appareil, le vent qui s’était levé ne permettait plus de tenter la traversée. Le 29 juillet, quand il put décoller, Latham tomba de nouveau à la mer, cette fois à 500 m seulement de la côte anglaise !

Blériot vainqueur, fut accueilli triomphalement à Londres et à Paris. Il aurait bien voulu revenir en France sur son avion réparé mais sa femme lui avait fait promettre de n’en rien faire. Si de nos jours la traversée de la Manche s’effectue en quelques minutes dans des avions confortables, c’est bien grâce à ces pionniers de l’air dont Louis Blériot fut l’un des plus brillants représentants.

 

Publié dans Février 2011

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