Voilà comment les vacances ont fait leur entrée dans la peinture

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Huile sur bois, 14 x 23, 5 cm, Eugène BOUDIN, 1884

Trouville, scène de plage, musée d’Art moderne et d’art contemporain de Liège

 

Eugène BOUDIN (12 juillet 1824 Honfleur, 08 août 1898 Deauville), peintre français précurseur de l’impressionnisme, il ouvre une papeterie au Havre en 1844. Deux ans plus tard, Millet l’encourage à abandonner son commerce et il entre à l’école municipale de dessin du Havre. En 1851, grâce à une bourse du conseil municipal, il s’inscrit dans l’atelier d’Eugène Isabey et au musée du Louvre. Trois ans plus tard, il initie le jeune Monet à la peinture en plein air et participa à la première exposition des impressionnistes de 1874. Son succès lui permet très vite de voyager dans toute l’Europe, et en 1886 ses toiles sont accrochées à la grande exposition impressionniste de New York. A Paris, il sent venir sa fin et se fait transporter à Deauville pour mourir « face à la mer ».

 

 

Cette scène de plage à Trouville date de 1884. C’est l’un des trois cents tableaux environ qu’ Eugène BOUDIN consacra au tourisme balnéaire, un genre qu’il fut longtemps le seul à pratiquer. En effet, Eugène BOUDIN était né à Honfleur et fils de marin. Précurseur de l’impressionnisme, il fut l’un des premiers à peindre en plein air ; il ne s’intéressait, disait-il, « qu’aux états de l’atmosphère selon le lieu, l’heure et le vent ». Et s’il existe un paysage aux atmosphères changeantes, c’est bien le littoral, avec ses jeux de lumières, ses ciels immenses et la mer qui ondule. Mais le paysage n’était pas le seul à changer : la population aussi. Sous Napoléon III, toute une vie mondaine commença à bouleverser le rivage normand. Les Anglais arrivèrent, puis la bourgeoisie française, qui découvrait les bienfaits de l’air marin. Les hommes d’affaires y virent un filon à exploiter. Ils développèrent le chemin de fer, construisirent des hôtels et des casinos. Alors imaginez Eugène BOUDIN qui peint inlassablement ses marines. Pendant l’été, toute une foule en crinolines st chapeaux commence à remplacer, sous ses yeux gourmands, le petit monde ancestral des pêcheurs et des laveuses. Et lui continue de peindre. Simplement, la mer et le ciel deviennent secondaires ; ce qui remplit ses toiles désormais, ce sont les estivants. Ils prennent de plus en plus de place, de plus en plus de lumière. Et ils lui achètent même ses œuvres. Et voilà comment les vacances ont fait leur entrée dans la peinture, grâce à Eugène BOUDIN qui peignant la mer et vit débarquer les touristes.

 

Frédéric et Marie-Isabelle Taddeï

Editions du Chêne

 

Publié dans Mai 2010

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