Tinta Roja (Encre Rouge)

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie Marcos LOPEZ

Il Piccolo Vapore, Buenos Aires, 2007 (série Sub-realismo Criollo)

 

Né en 1958 en Santa Fe, Marcos LOPEZ vit et travaille à Buenos Aires.

Marcos LOPEZ commence à prendre des photos en 1978, et obtient en 1982 une bourse de perfectionnement du Fonds national des Arts de Buenos Aires, où il part s’installer. En 1984, il participe à la création du groupe Núcleo de Autores Fotográficos (Noyau d’Auteurs Photographiques). Il intègre en 1989 la première promotion de boursiers étrangers de l’École internationale de Cinéma et Télévision de San Antonio de los Baños à Cuba, et commence à réaliser des documentaires en 16 mm et en vidéo pour le cinéma. En 1993 est publié Retratos (Portraits), son premier livre de photographies en noir et blanc. Puis il commence ses expérimentations avec la couleur, en développant la série Pop Latino (publiée en 2000) et, plus tard, la série Sub-realismo Criollo (publiée en 2003).

Parmi ses expositions les plus récentes, on peut citer sa participation à Fotoseptiembre 2009 avec Presencia Flagrante (Présence Flagrante), au Centro de la Imagen de México, ou sa série rétrospective itinérante Vuelo de cabotaje (Vol de cabotage), qui voyage actuellement à travers toute l’Argentine.

Ses photographies font notamment partie des collections du Museo de Arte Latinoamericano de Buenos Aires (MALBA), du Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía à Madrid (MNCARS), du Museo de Arte Contemporáneo de Castilla y León (Espagne), et de la Fondation Daros-Latinamerica à Zurich (Suisse).

 

 

… Où est passé mon faubourg ?  Qui a volé ma douleur ? Quel recoin, ma lune inonde-t-elle à présent de sa joie claire ?*

À l’encre rouge, je simule le sang sur le corps des modèles puis, de la même encre, je colorie à la main les copies photographiques. Sang sur sang.

L’idée est de Remarquer. Répéter. Exagérer. Sang fictif, en un pays de «gauchos» carnivores et anthropophages, capables de tuer une vache pour n’en manger qu’un steak, puis de laisser les restes aux charognards. Mon esthétique est baroque. Churrigueresque. Mélangée à la vibration phosphorescente des fresques murales psychédéliques décorant les murs des cabarets d’Iquitos. Lumière noire. Amazones. Sang, ayahuasca, sueur et larmes.

Je ressens le besoin de parler toujours de la même chose. Sans arrêt. Comme le mannequin d’un ventriloque empastillé. Transiter l’excès sans culpabilité. Écrire et méditer par la respiration en même temps.

Comment trouver le ton, le style, pour dresser le portrait d’un continent peuplé d’amours d’indiennes et de conquérants-centaures, ambitieux et sanguinaires??

Plus tard et pour comble, leurs filles se marièrent avec des immigrants européens, descendus des bateaux, désorientés, obstinés, obsessifs…

Nos grands parents italiens et espagnols. Ceux qui n’ont pas eu le temps de nous prendre dans leurs bras, de nous raconter des histoires avant de dormir, tellement ils étaient occupés à construire le pays.

«Forgeant un avenir», comme l’on disait autrefois.

Ils ont travaillé dur par vocation, pour alléger la douleur et la mélancolie d’avoir quitté leurs terres.

Et nous voilà : Répétant, et peut être amplifiant les mêmes erreurs, en un melting pot digital, mélange de Werner Herzog, Klaus Kinsky, Tupac Amaru, Alvar Núñez Cabeza de Vaca, Jorge Luís Borges, Evo Morales et Hugo Chávez.

C’est depuis ce lieu, que je conte l’histoire d’un pays et d’un continent.

Le point de vue est celui de mes propres expériences émotionnelles, je transforme l’odeur de la maîtresse de primaire en une chronique socio-politique de l’Amérique Latine.

Je réinvente l’histoire à ma guise. Je documente la réalité par une mise en scène.

Comme le faisait Glauber Rocha dans le sertão du Nordeste brésilien.

Je prends possession de la Pampa humide pour en faire une scène.

Un théâtre.

Je demande aux acteurs de représenter ma propre angoisse.

Une Argentine de carton-pâte. La patrie comme absence. Le vent. Le fleuve, marron, comme le lait maternel. L’encre rouge comme simulacre de la douleur.

Lorsque j’écris et prends des photos, je me transforme en Chamane.

Je dialogue avec mes morts.

 

 Marcos Lopez / Buenos Aires, mars 2010.

 

* fragment, tango “Tinta Roja” – Paroles de Cátulo Castillo (1941).

 

Publié dans Octobre 2010

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Vence 26/01/2011 23:35


Vous pouvez trouver un article sur l'exposition Tierra en transe de Marcos Lopez à la galerie Mor Charpentier, Paris sur http://blog.paris3e.fr/post/2011/01/26/Marcos-Lopez-Tierra-en-transe