Salbatar Circus

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie Sébastien Salamand dit LE TURK

Salbatar Circus 2, Beauty is Secret - Beauty is Dangerous

 

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Photographie Sébastien Salamand dit LE TURK

Salbatar Circus 1, le bain

 

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Photographie Sébastien Salamand dit LE TURK

Salbatar Circus 1, Opening

 

Derrière nous sont le feu et le sang. Nous avons franchi l’histoire, et sur ce chemin devenu le nôtre ne nous reste plus qu’un seul panneau, une pancarte pourrie nous indiquant Nowhere. Le feu, le sang… Et puis la fête. En fait, nous n’avons franchi que dalle pour nous retrouver toi et moi par ce texte interposé, devant lequel tu soupires déjà. Étranger, je ne sais rien de toi et pourtant, au milieu de ce grand jour, nous partageons tous deux une nuit en commun. Si tu te souviens bien, au milieu d’elle dansaient quelques mabouls, quelques cinglés autour d’un feu. À la chaleur de leur folie, je me souviens, tu te réchauffais. Dans ma tête, ils dansent encore, dans la tienne aussi, mais nous avons bien vieilli ; sous nos pas, ils chantent encore, comme une mélodie qui hante le fond du monde, comme la voix des morts qui ne se tait jamais. T’en vas pas. Étranger, je le suis aussi, pour toi. Tu ne comprends rien. Je te rassure, moi non plus… Mais n’est-ce pas agréable de fermer les yeux comme après un verre d’alcool ? De se laisser penser à n’importe quoi et d’effleurer l’idée que finalement, mourir maintenant, ne serait pas si grave. Pourvu qu’on le fasse ensemble et en musique. S’il me reste un peu de souffle après ces cigarettes, je ferai rougir encore les braises de notre feu minable et si tu me laisses faire, j’allumerai quelques lumières pour que tu ne trébuches pas, mais j’éteindrai tes télés, pour qu’elles ne m’emmerdent pas. Étranger, ce requiem est pour toi, cette messe des derniers vivants, des hussards, des cow-boys. Je sais, le rire est loin à présent, le maquillage de mes clowns a coulé depuis le temps, depuis cet âge qui ne fut jamais d’or, cet âge et ces images que tu vois dans les livres, s’il t’en reste encore. Mais laisse les te distraire, et réjouis-toi de croiser ici et là, mes éléphants terribles, mes paumés sublimes et mes précieuses catins. Mes jongleurs ratés, mes anges déçus, mes enfants gâteux, mes acrobates bouffis, mes obsédés, mes menteurs, mes pourris. Mes jeux auxquels tu ne gagneras jamais, mes manèges toujours chiants, mes autoroutes du vide, mes palais de l’arnaque, mes pêches aux conneries, mes loisirs, mes vacances…. Si t’as le temps, si tu t’arrêtes, tu fais un tour c’est sur ta route, ça s’appelle au Salbatar, au « Salbatar Circus ». On boira un verre, puis trois et quand il faudra repartir tu ne te tromperas pas, car Nowhere, c’est tout droit.

 

Sébastien Salamand

 

L’univers du TURK, Sébastien Salamand, tout droit sorti de son imagination, est peuplé d’une humanité dégoulinante, mauvaise, sublime, idéaliste, amoureuse, perdue, désillusionnée. « Plus ils vivent, nous dit le photographe, et plus ils meurent ». Un soupçon de Jan Saudek pour l’audace, un peu d’Erwin Olaf pour la plastique, le tout saupoudré du Port d’Amsterdam de Brel.

 

Publié dans Février 2012

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