Rien ne se perd dans le cochon

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie Pascaline MARRE

Série le jour du cochon, la fin, Lot, février 2000

 

Un jour d’hiver, c’est le jour du cochon. On se retrouve dans la cuisine de l’ancienne maison, laissée dans son jus, avec la cheminée, et les saucissons encore frais, qui sèchent. Un verre levé aux invités, au cochon, à la vie. Il est l’heure. La cuisine reste vide. On amène le cochon pour le hisser au tronc, par la patte. Le cri du cochon retentit. La tension monte, le cochon sait ce qu’il l’attend. C’est ce qu’ils me disent. Ils n’aiment pas ce moment-là, et ça ne dure pas. « Le tueur » incise, sobre, comme l’éclair. Et dans son dernier souffle, la tension redescend, on respire. Le sang se répand au sol, et les poules se pressent de venir picorer. Rien ne se perd dans le cochon. Les hommes plongent le cochon dans le bain. Ils grattent le poil pour ne laisser que la caouane lisse. Une fois arrimé sur son échelle, carcasse écartelée, le découpeur commence son travail, consciencieux. Chacun a sa place et son rôle. Les femmes nettoient les boyaux dans le cours d’eau, tandis que le patriarche s’attaque à la tête. La lumière blanche et douce de l’hiver baigne la scène dans une atmosphère cotonneuse. Demain, ce sera la mise en bocaux, annonçant les prochains repas festifs.

 

« Mon travail s’inscrit dans mon quotidien. Aller à la rencontre de l’autre dans l’acte de photographier a profondément modifié mon regard sur les choses et le monde, autant que les événements de la vie ont été sources d’inspirations. Ainsi, mon écriture photographique s’est développée, et je me suis peu à peu détachée d’une écriture journalistique de mes sujets pour une approche intimiste. »

 

Publié dans Septembre 2011

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