Pourtant, que la montagne est belle !

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

ChristopheAgouFaceauSilen_38-1-.jpg

 

 

Photographie Christophe AGOU

Face au silence, 2002

 

Claudette, Jeannot, Babette, Bastien, Mathilde… ne regardent jamais l'objectif de Christophe AGOU. Paysans oubliés du Forez, ils subsistent là, dans des fermes sans confort où les ciels plombés et la boue des cours de ferme le disputent aux intérieurs sombres et aux couleurs fanées. Ils ont, sans pudeur, ouvert leurs portes au photographe revenu, en 2002, dans la région où il a grandi entre un père professeur et une mère artiste peintre. “Après un exil aux Etats-Unis et le 11 Septembre, je veux me rapprocher des miens. Sans projet en tête. Et là, je redécouvre un monde à une autre allure.” Un facteur à la retraite et un ami vétérinaire le mènent chez des paysans isolés au creux des montagnes auvergnates. En huit ans d'allers-retours entre New York et le Forez, AGOU devient l'“ami”. Il se fond dans le décor et ne cède sur rien : la saleté, la souffrance, la proximité avec les animaux et la solitude suintent de nombre de ses clichés. Submergé par l'empathie, il dit ne rien retenir des apparences et affirme même ne pas voir l'indigence dans laquelle vivent ces hommes et femmes, ne voulant capter que leur courage, leur dignité et leur grande solitude. “Mon sujet n'est pas l'agriculture dans le Forez. Ce sont les hommes au quotidien que je photographie, comme des bien-aimés. Je ne commence pas un sujet par le contexte mais par les personnages. En étant très proche, à une longueur de bras. Si je n'ai pas envie de les embrasser, c'est que je n'ai pas envie de les photographier.” Difficile dans cet ensemble d'images d'en isoler une seule pour illustrer cet article sans risquer de desservir le propos altruiste de l'auteur. A la surface de la gélatine, cette description minutieuse et affectueuse révèle aussi un mode de vie rude que la photographie, dans sa grande capacité à enregistrer le réel, nous restitue brutalement. Ces images, par leur souci de réalisme, s'imposent aussi comme document d'histoire. “Je filme leur vie telle qu'elle est ; la soupe épaisse refroidie, le lait brûlé sur le fourneau, le va-et-vient incessant des animaux, nous dit Christophe AGOU. J'aime leurs mains noueuses, leurs rides, leur franc-parler, leur bon sens.” Ces hommes et femmes, sans être dupes, s'offrent à nous, sachant qu'ils tiennent dans leurs mains calleuses les derniers souffles d'une époque qui s'achève. Résumée par la vision poétique d'une hirondelle, les ailes en croix, suspendant son vol devant l'échancrure du mur en pisé.

 

 

Publié dans Décembre 2011

Commenter cet article