On the road

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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PHOTOGRAPHIE Raymond DEPARDON

MONTREUIL (Pas-de-Calais). « J’avais besoin d’une pince et d’un petit marteau. Je demande à la quincaillière de me faire une facture et, lorsque je lui dis mon nom, elle s’exclame:“Le photographe, le cinéaste?”Mince alors, j’étais connu là-bas!Cette boutique existe depuis au moins quatre générations et le fils va reprendre le commerce. A l’intérieur, c’est une merveille. Il y a toutes sortes d’outils. C’est si beau que ça mériterait d’être exposé au musée.» La France de Raymond DEPARDON 2005-2010

 

Raymond DEPARDON est un homme prolixe : de l'arène politique française à celle des jeux Olympiques, des déserts américains ou africains à sa ferme natale, en passant par le tribunal ou l'hôpital psychiatrique, il n'est pas un terrain d'investigation que l'oeil du célèbre photographe et cinéaste ait dédaigné. Au total, une quarantaine de films, près de 50 livres, sans compter les expositions : soit le fruit d'une observation aiguë de la société et des mécanismes de l'être humain. Alors quel champ d'opération pouvait bien encore tenter l'infatigable Raymond DEPARDON ? La France, tout simplement. La France tout court : ses routes, ses maisons, ses carrefours, ses commerces, ses places de village, ses montagnes, ses plages.

Troquant son Leica, l'arme fulgurante du photoreporter, contre l'encombrante chambre 20 x 25, " posée sur un pied, tel un chevalet ", comme il la qualifie, Raymond DEPARDON a sillonné les routes françaises dans un fourgon aménagé. Au terme de cinq années de pérégrinations, il publie aujourd'hui 315 de ces clichés en couleurs dans un ouvrage édité au Seuil, et en expose 36 en très grand format à la BNF. Cette France de l'intérieur, citadine, périphérique ou rurale, anodine et a priori insignifiante, est celle que l'on représente rarement sur papier glacé, mais celle, pourtant, qui raconte un vécu, une identité, diverse, familière, forte de ses couleurs et de ses détails, incroyablement mis en valeur par le sens des cadrages et la qualité des tirages ou de l'impression. Souvent dénué de présence humaine, ce tour de France respire le calme, appelle à la contemplation, même quand il s'agit de la devanture désuète d'un bar-tabac. " J'ai eu envie de revenir au silence de la photographie ", confie Raymond DEPARDON, ce même silence qui prévaut dans les images du photographe américain Walker Evans, à qui son alter ego français rend ici hommage. Les prises de vues, frontales, sérielles, ne supportent aucun effet esthétisant, mais préfèrent de loin le prélèvement brut d'une réalité territoriale vécue, que chacun de nous porte en soi. Pendant la Grande Dépression, Walker Evans avait eu pour mission de rapporter, dans la plus grande neutralité, les conditions de vie des Américains, photographiant essentiellement des lieux. La démarche de Raymond DEPARDON relève du même principe photographique, à ceci près qu'il ne s'agit pas d'une commande d'Etat, et qu'il n'a rien à démontrer. Il offre juste un formidable témoignage, celui d'un pays lumineux et riche, que le regard se plaît à parcourir.

 

 Frédérique Briard

 

La France de Raymond Depardon 2005-2010,

relié sous coffret, coédition BN/Le Seuil, 336 pages

 

Exposition à la BNF François Mitterrand, Paris XIIIe,

du 30 septembre 2010 au 9 janvier 2011.

 

Publié dans Octobre 2010

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