Nouvelles du jour

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie Edouard LEVE

Quotidien, sans titre, 2003. Extrait de la série, tirage couleur. 70 x 70 cm

 

Que devient l'information des journaux une fois manipulée par les artistes? Telle était l'une des questions curatoriales a priori. Force a été de constater, à la découverte des oeuvres exposées, que les journaux étaient d'abord le matériau prétexte de mises en abyme de la presse dans son ensemble. Elles oscillent entre une fascination pour son caractère mythique et le constat de son épuisement, ou sondent de manière soupçonneuse sa capacité à déchiffrer le monde.

Des nouvelles du jour sous la forme de questions on ne peut plus actuelles à l'heure de son déclin. Prendre le journal imprimé comme point de départ d'une oeuvre, c'est retrouver la question, éthique et centrale dans l'histoire de l'art, de l'articulation entre le lisible et le visible. C'est pourquoi les oeuvres s'attachent à intégrer, à mimer, à sublimer ou à détourner, de manière parfois chirurgicale, les contraintes de la presse imprimée: son iconographie, son dispositif texte image, sa grille d'information, ses répétitions, sa propension à effrayer ou à faire espérer. Leur force d'évocation se manifeste dans cet écart entre un support d'information déjà-là et ce qu'elles choisissent d'en faire saillir.

Les artistes imaginent, c'est à dire, littéralement, «mettent en image» leur lecture intime du journal, celle qui les relie au monde. La presse devient un prétexte pour parler de son opacité et d'une difficulté à décrypter le foisonnement de ses signes. Leurs oeuvres sont des traits d'union tentés entre le local et le global, l'ici et l'ailleurs, le même et l'autre. En produisant des télescopages de sens inouïs, elles nous placent dans l'exercice, tendu et vital, de déchiffrement du monde; avec tout ce qu'il comporte de projections subjectives, d'efforts d'objectivation, de cécité inévitable et d'ironie salutaire.

 

Marguerite Pilven

 

Publié dans Juin 2011

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