Nos maisons de famille

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie Pascaline MARRE

Le dîner

 

En 2008, Pascaline MARRE apprend que sa grand-mère vend Bel hêtre, la maison de famille dont l’histoire remonte à plusieurs générations et où elle a passé de nombreuses vacances. Consciente qu’une page de son histoire personnelle se tourne, elle revisite les lieux entre l’hiver et le printemps 2009 avec ses filles, âgées de 5 et de 2 ans. C’est en les observant jouer dans ces endroits chargés de mémoire que naît le désir de fixer son attachement, pour substituer la continuité de la mémoire à la disparition inévitable. A travers le regard et les jeux de ses enfants, Pascaline MARRE explore ses propres souvenirs, établissant ainsi un dialogue entre la spontanéité de l’enfance et la projection nostalgique de l’adulte. Mère et fille se prêtent l’une et l’autre au jeu lors des séances photographiques qui font revivre les lieux. De cette approche à la fois mélancolique et ludique, construite et improvisée, se dégagent des photographies à la tonalité particulière, empruntes de poésie et porteuses d’une réflexion sur la notion de transmission. Un sens de la composition et le traitement de la lumière, où affleurent des références à l’histoire de la peinture, ainsi qu’un parti pris de cadrage fragmenté, transcendent ces épisodes intimes en des visions emblématiques de l’enfance et de la maison de famille. Chaque station de ce parcours personnel (la balançoire, le pan d’une commode, le fil à linge, la grande table familiale) abrite aussi un écho plus universel, comme la réminiscence proustienne d’un lieu autant habité que fantasmé.

 

Regards croisés entre l’écrivain et le photographe...

 

Il y a chez Pascaline MARRE beaucoup de pudeur et de délicatesse. Elle choisit de ne pas tout montrer, mais de suggérer l’atmosphère d’une chambre ou d’un paysage par quelques détails... Elle nous laisse encore deviner que cette propriété, qui fut habitée et chérie par sa famille, est sur le point de passer dans d’autres mains. Alors, elle s’en éloigne sur la pointe des pieds et ses photos ont la force et la tristesse poignante d’un adieu. Elles racontent l’éternelle histoire de ceux qui ont eu la chance de posséder une maison de famille que l’on croyait ingénument là pour toujours et dont il faut se séparer.

 

Anne Wiazemsky

Ecrivain, comédienne et réalisatrice. Petite-fille de François Mauriac, elle a publié des nouvelles et des romans. Ses oeuvres sont empruntes de l’histoire de sa famille, de son enfance bercée de voyages et d’un point d’attache, la maison de famille de son grand-père dans le vignoble bordelais, Malagar. Séduite par les images et la sensibilité de Pascaline MARRE, elle les met en résonance avec ses propres souvenirs. De cette collaboration est né Nos Maisons de Famille.

 

Nos Maisons de Famille

Photographie Pascaline MARRE

Texte  Anne Wiazemsky

Editions de La Martinière

 

Exposition jusqu’au samedi 3 mars 2012

La Galerie Binôme

19, rue charlemagne, 75004 Paris

 

 

Publié dans Février 2012

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