Mise à nu

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie Akira GOMI

The word wide beauty,face, 2005

 

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Photographie Akira GOMI

The word wide beauty, dos, 2005

 

Le nu est un exercice bien connu dans l'enseignement artistique, permettant l'apprentissage de la relation entre le trait, particulier à chaque artiste, et l'anatomie, qui est une norme scientifique. Le statut de la nudité a évolué au cours des âges mais a souvent été le symptôme de notre ambivalence par rapport aux images; entre la pureté d'un corps d'avant la chute et la déchéance d'un corps se couvrant de feuilles ou de lambeaux d'étoffes. Que voile le nu? Entre "L'Origine du monde" (Courbet, 1866) et "Etant donnés : 1. La chute d'eau, 2. Le gaz d'éclairage" (Duchamp, 1946-1966), il y a l'écart entre ce qu'il y a à voir et ce qu'on ne peut pas voir. L'iris comme aveuglement, l'obscurité comme possibilité même du regard, fente où le monde trouve son origine et sa sexualité. La sensualité du nu est l'esthétique même du regard, qui ne peut être touché qu'à distance; un œil touché par un corps devient aveugle. Il pourrait sembler au premier abord que notre époque est celle de la nudité standardisée et que l'obscénité est à présent celle d'autres corps, féminins, entièrement voilés de haut en bas, murés derrière l'aveuglement du regard masculin. Si la création artistique est une mise à nu, un dévoilement et un voilement dans un seul et même geste, où se trouve aujourd'hui notre nudité? Que devient le nu lorsque le corps peut être industriellement cloné et que les nanotechnologies investissent notre chair? Quelle est la relation entre la nudité généralisée et cette autre forme de mise à nu à laquelle l'expérience esthétique nous convie ?

 

Reynald Drouhin

Né en 1969, artiste contemporain. Sa pratique intègre les outils numériques, la photographie, la vidéo, l’installation et la sculpture. Il ne se contente pas d’un espace dédié (celui de l’Internet, d’une surface de projection ou de la spatialité d’une galerie) mais appréhende tour à tour différents possibles, cherchant ainsi à révéler autre chose que le visible, tel un espace parallèle, fantomatique, étrange, ou résultant de données codifiées.

 

Publié dans Novembre 2011

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