Mécanicien sur "la Lison"

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

Equipe de tournage de« La Bête Humaine »

de Jean RENOIR – 1938

avec Jean Gabin, Simone Simon, Julien Carette, Fernand Ledoux, Blanchette Brunoy

Musique : Joseph Kosma, image : Curt Courant, Claude Renoir

Son : Robert Tessere, montage : Marguerite Renoir

 

 

Jacques Lantier, mécanicien sur "la Lison" une locomotive qu’il entretient avec un grand soin est victime d’une lourde hérédité alcoolique. Il devient l’amant de Séverine, la femme de son collègue Roubaud sous-chef de gare du Havre.

Ce dernier a assassiné, sous les yeux de Séverine, le parrain de celle-ci, le riche bourgeois Grandmorin. Croyant que Lantier est au courant du crime, il feint même d’ignorer la liaison, et mène la vie dure à sa femme. Séverine demande à Lantier de tuer Roubaud, mais dans une crise de colère, il tue sa maîtresse puis se suicide ensuite en se jetant de sa locomotive.

 

Quel est le sujet principal de ce film ? La fascination de Renoir pour l’univers de Zola, combattant pour l’idée de la liberté ? L’arrivé du progrès qu’incarne le chemin de fer ? La relation privilégiée qu’un homme entretient avec sa machine ? La description des rapports entre les classes sociales ? La fatalité qui pousse les êtres humains dans une voie extrême ? Renoir disait de Lantier qu’il pourrait être de la famille des atrides. Il regrettait que Zola ne puisse voir Jean Gabin incarner ce personnage.

 

Sans doute tout cela en même temps, mais la trame de ce film, et c’est pour cela qu’il clôt la trilogie des films que Renoir a tourné pendant le Front populaire, c’est la description de la dureté des conditions de travail, à travers la toile de fond à la fois réaliste et poétique du quotidien des gares.

 

Mais, alors que « La vie est à nous » et « La Marseillaise » évoquait la force de l’action collective, « La Bête humaine » met en jeu des individus seuls, écrasés, broyés par leur destin et leur histoire.

 

La préparation du tournage fait penser à celle de Zola pour l’écriture du roman : Renoir et Gabin se sont immergés dans le monde des chemins de fer. Tourné en décors naturels, à la gare Saint-Lazare, la SNCF a prêté à la production un morceau de ligne et tout un train, des locomotives et des wagons qui portaient le matériel d’éclairage : les scènes de locomotive sont filmées en situation : le vent, le bruit interdisent aux hommes de se parler autrement que par signes. Le spectateur est entraîné dans une réalité inconnue, une démarche propre au documentaire…Cette réalité ferroviaire est la matrice du film au même titre que le jeu des acteurs.

 

« Dans sa critique du film La bête humaine parue dans le journal Regards, l’historien Georges Sadoul laissait libre cours à son enthousiasme : « le cinéma n’a pas encore enfanté de génie universel à l’instar de la littérature. Mais peut être a-t-il trouvé son Zola : Jean Renoir ». Associer Renoir et Zola n’est pas le fait d’un pur hasard, car ce film est tiré d’un roman du célèbre romancier, et traite des dangers de l’alcoolisme dans le milieu ouvrier.

 

Mais Renoir relègue les problèmes psychologiques de l’alcoolique au second plan au profit d’une description des réalités de la vie et de ses conditions de travail. Ce n’est plus l’alcool qui se trouve au cœur des relations conflictuelles de ce chef de gare, mais sa pauvreté sans issue.

 

Roubaud ne souhaite rien de plus qu’un heureux mariage avec cette épouse qu’il aime. Mais il ne peut rien lui assurer financièrement. Le couple vit dans un petit appartement donnant sur les voies, et seul un canari, sur le balcon, distille un peu de joie au sein de toute cette tristesse. L’épouse de Roubaud s’éprend d’un riche noble, lequel vient pourvoir à ses envies matérielles. Dès que Roubaud l’apprend, il échafaude le meurtre de son richissime rival. Même si le rôle de Roubaud demeure à l’avant-plan, c’est bien Lantier, le conducteur de la locomotive incarné par Jean Gabin qui fait figure de rôle principal. C’est non seulement la conduite de la locomotive, décrite sur le mode documentaire, mais aussi les conditions de travail au quotidien dans les halls de gare qui constituent pour Jean Renoir cette toile de fond à la fois réaliste et poétique, sur laquelle il pose son postulat d’une relation de cause à effet entre la dureté des conditions de travail, la détresse financière et la mutation de la Bête humaine (…) »

 

Regina AGGIO

Publié dans Novembre 2009

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