Les cabanes de nos grands-parents

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

 NicolasHenry_cabane09-1-.jpg

 

 

Photographie Nicolas HENRY

Les cabanes de nos grands-parents

Mamoudou dans son arbre à palabre, avec tous les enfants de sa famille, Burkina Faso.

 

Il faut toujours aimer une femme, car si tu n’as pas de femme, tu n’as pas d’enfants, et si tu n’as pas d’enfants, tu n’as pas de raison d’exister. Si tu rends heureux une première femme, alors une seconde aura hâte de te rejoindre, et ta famille s’agrandira encore. Rien n’est éternel dans cette vie, il y a les jours où j’ai dû vendre mes chaussures, mon boubou et ma couverture, et les jours où j’ai récolté les fruits de ma terre. Certaines années, on doit tout quitter parce que les crickets pèlerins sont venus par milliers ou que les inondations ont tout gâté. Notre seule richesse, c’est nos enfants, car aujourd’hui il ne reste presque aucun des grands arbres. Tous ceux qui sont réunis là portent le même nom que moi. Mon souhait le plus cher, c’est que notre famille continue à s’agrandir.

. 

  

« Les cabanes de nos grands-parents » nous entraîne à la rencontre des anciens à travers le monde, de l’Irlande au Japon en passant par t construit chez eux un abri éphémère, une cabane, reflet de lieu l’Inde, les Etats-Unis, le Maroc, ou encore le Mali et la Suède. Plus d’une trentaine de pays, pour 300 portraits à ce jour. Tous ces grands parents du monde, avec leurs objets familiers, onr histoire et de leur imaginaire, dans laquelle ils se sont mis en scène. Une skyline refaite avec des bouts de rien, dans un campement ouvrier à Shanghai. Un troupeau reconstitué sur le toit d’une hutte chez les Tamasheks du Mali. Une voiture imaginaire, pilotée par un croyant éclairé au Maroc. Les feuilles jaunes de l’arbre africain d’une mama, accrochées à l’arbuste de son jardin français…

 En écho à la photo, chacun raconte et se raconte, et nous dévoile un pan de son univers. 

 

Lorsque j’étais petit, mon grand-père m’a appris à manier le bois, ma grand-mère l’art de coudre. Un jour, presque naturellement, j’ai voulu retrouver avec eux ces jeux d’autrefois, riches de cette transmission, de ces savoir-faire, et une cabane est née. Une parole aussi, entière et spontanée. Alors m’est venue l’idée des « cabanes de nos grands-parents », pour ne pas laisser perdre cette parole, et pour saisir cette forme de liberté que les anciens acquièrent en perdant le sens des vanités.

A travers le monde, devant mon objectif, des papis et des mamies renouent avec les cabanes de leur enfance. Ils transforment un tapis en océan, avec le balancement du rocking chair pour roulis, sous les cris des goélands... Tous sont photographiés chez eux, dans leur univers. On scelle une amitié quand on fait visiter sa maison. On fait entrevoir l’intime. Tous ont bâti une cabane, reflet de leur imaginaire. Ce sont les artistes de leurs propres installations. Avec le temps qui passe, l’homme retrouve la sagesse de l’enfant qui croit en la magie de la création. La place de la cabane et des objets dans notre vie révèle une part du sens poétique ou politique que chacun choisit de transmettre à travers son image.

La parole accompagne chaque photographie comme un conte, une ritournelle, un poème, selon la nature de notre rencontre, et révèle une part de l’univers de nos grands-parents. « Plus on grandit et plus on repense à son enfance, a joliment résumé Pushkar, dans le nord du Rajasthan. C’est l’émanation de l’amour d’où est né le sourire du monde. Mon père disait souvent que dans le ventre de notre mère nous avons la clef du ciel et de la terre, mais qu’à notre naissance, au moment des eaux, un ange vient nous poser un doigt sur la bouche et nous souffle ce mystère. »

 

Nicolas Henry

 

Publié dans Juillet 2010

Commenter cet article

roupen 04/07/2010 13:15


extra ce travail de mémoire ! et sous l'arbre à palabres, il y avait la canne à palabre, canne creuse dans laquelle il y avait de petites graines. quand on commençait à parler on la mettait d'un
côté et quand les petites graines avaient fini de descendre, le temps de parole était également fini.