Les bourgeois de Barney

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie Tina BARNEY

Famille française, 2002 pour le série The Europeans

 

L'Américaine Tina BARNEY, présente sa nouvelle série, les Européens, poursuivant un travail lancé il y a vingt ans dans son propre pays : immortaliser la vie de la grande bourgeoisie, notamment celle de sa famille et de ses amis. Pourquoi un nouveau continent ? «Parce qu'à force de photographier en Amérique, c'était comme si j'étais devenue aveugle, répond simplement la photographe. Une amie m'a suggéré l'Italie, ça a bien marché, et j'ai continué en France, en Autriche, en Angleterre.»

Elle présente des portraits en couleurs pris à la chambre, tous éclairés de spots lumineux et exprimant un souci si minutieux du détail qu'on se demande s'il s'agit d'une situation improvisée? Même si elle dirige souvent ses modèles, elle dit ne pas se considérer comme une metteuse en scène. En fait, elle choisit l'endroit et le cadrage, et admet volontiers qu'elle demande aux gens de se changer pour que leurs vêtements coïncident avec les couleurs des murs, des tableaux, des rideaux... «Ce qui est le plus amusant, souligne Tina BARNEY, c'est qu'ils ont toujours des vêtements en accord avec les motifs qu'ils ont choisis pour décorer la maison.» En quelques secondes, elle voit tout, comment un mouvement, un geste, un regard, une attitude peuvent s'accorder avec le décor, et à quel moment elle doit faire la photographie.

Tina BARNEY estime que ses travaux sont réalistes. Elle pourrait être définie comme une chroniqueuse, une anthropologue visuelle. A ceux qui jugent son oeuvre ironique, voire cynique, elle répond négativement : «Je ne pense pas qu'il y ait une touche de cynisme dans mon travail, personne ne peut dire cela. Ou alors je dirai que la personne qui regarde mes photos a du cynisme en elle.»

Montrer des gens aisés peut paraître dérangeant pour le spectateur. «C'est probablement dû à une certaine envie pour cette classe sociale. Moi, je dis seulement que c'est ma vie et que je veux l'examiner, souligne l'Américaine. Mais, je ne la juge même pas, je veux simplement l'exposer. Et si mes photographies sont tirées en grand format, c'est parce que je voudrai partager cette expérience extraordinaire avec les autres. C'est presque comme si j'étais enlevée de cette existence et que je la regardais moi- même.»

 

Paula BISIAU

 

 

Publié dans Décembre 2010

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