Kkkk

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie Frederick C. BALDWIN  et Wendy WATRISS

Famille peignant sur les voitures, Pooler, Géorgie, 1957

 

Né en Suisse en 1929, Frederick C. BALDWIN mène une carrière de journaliste et de photographe. Après un documentaire sur la vie en Arctique, il réalise plusieurs reportages dans l’état de Géorgie, sur les « Chevaliers de Ku Klux Klan », citoyens radicaux prônant la ségrégation et la haine raciale, en 1957, et, en 1963 et 1964, sur les luttes pour les droits civiques des Afro-américains rassemblés derrière Martin Luther King et sur une communauté blanche misérable de Savannah. Il part ensuite en Malaisie, puis, en 1966, en Inde et en Afghanistan pour le compte de magazines. Il livre la même année un travail sur la pauvreté en milieu rural dans le sud des Etats-Unis.

Wendy WATRISS, quant à elle, est née à San Francisco et passe son enfance sur la côte est des Etats Unis et en Europe. Elle devient journaliste spécialisée en questions politiques pour un journal en Floride, puis travaille pour la télévision publique de New York. En 1970, elle poursuit une carrière de photographe et d’écrivain indépendant.

Tous deux se rencontrent à New York en 1971 et « c’est le début d’une complicité tant photographique qu’affective. » Entre 1971 et 1979, ils effectuent ensemble un reportage photographique au coeur du plus grand et du plus mythique des états américains, le Texas. Ils vivent en caravane afin de faire face aux questions financières et de pouvoir s’immerger au mieux dans la vie locale. Ils s’intéressent principalement au milieu rural, explorant toutes les communautés, germaniques ou afro-américaines, et toutes les catégories sociales. Ils oeuvrent de concert, sans revendication stylistique individuelle pour privilégier le message commun sur une Amérique complexe et pluriculturelle. Leurs photographies « prolongent indéniablement l’esprit de la tradition photographique de l’enquête sociale des Lewis Hine, Walker Evans, Dorothea Lange ou de quelques autres photographes de la Farm Security Administration ; sans pittoresque ni sensationnalisme, dans le constat documentaire, elles livrent une série d’informations essentielles et de précieux détails sur le mode d’existence de ces populations, des textes résultant d’enquêtes les accompagnant. » Wendy WATRISS est également, de son côté, productrice de documentaires sur la guerre au Viêt-Nam, sur l’histoire des régimes communistes d’Europe, sur la guerre civile au Salvador ou au Nicaragua. Entre 1980 et 1986, à la demande de Life Magazine, elle fait un reportage sur l’Agent Orange, substance chimique déversée par l’armée américaine au Viêt-Nam, au Laos et au Cambodge, et qui fit des ravages sur les populations civiles et sur les soldats eux-mêmes. Son témoignage sur ces vétérans atteints de maladies incurables et sur leurs enfants, à qui ils ont transmis de profonds handicaps, dans sa sobriété et sa dureté, constitue un vrai plaidoyer contre la guerre. Pour ce travail, la photographe reçoit le World Press et le prix Oskar Barnak en 1982. En 1983, Wendy WATRISS et Frederick C. BALDWIN fondent l’une des plus importantes rencontres internationales de la photographie, la FotoFest de Houston. Cette exposition, inédite en France, propose une relecture de cinquante années d’histoire contemporaine des Etats-Unis à travers des étapes essentielles et en traduisant au mieux la complexité d’une grande nation qui ne cesse d’exercer pour l’étranger tour à tour fascination et perplexité.

 

Annie-Laure Wanaverbecq

 

Après la défaite des Etats confédérés en 1865 pendant la Guerre civile américaine, l’esclavage fut aboli et la base de l’agriculture du sud des Etats-Unis fut chamboulée par la libération des travailleurs noirs. Pendant les années de reconstruction qui suivirent immédiatement la Guerre civile, les Chevaliers du Ku Klux Klan (Kkkk) furent formés par des groupes de propriétaires terriens blancs qui cherchaient à maintenir la population noire sous contrôle grâce à l’introduction de pratiques de terreur. Cela comprenait des cavalcades nocturnes revêtues de costumes bizarres recouvrant aussi le visage, costume qui existe toujours aujourd’hui. De pauvres paysans blancs étaient recrutés dans le Klan jusqu’à ce qu’il devienne une organisation dominée par des citoyens radicaux prônant la haine raciale et la ségrégation afin de fournir aux blancs ruraux exploités et non-instruits un système de croyance qui les différencierait des noirs ruraux tout aussi exploités. Le lynchage de citoyens noirs n’était pas très fréquent dans le sud mais son effet était persuasif et durait encore quand ces photographies furent prises en 1957.

Le défilé public de voitures des Chevaliers du Kkkk, découvert le long de la route un samedi de 1957, en fin de matinée près de Pooler au nord de Savannah, en Géorgie, était mené jusqu’à Reidsville, le siège du comté de Tattnall. Le samedi, les gens allaient faire leurs achats à Reidsville, petite ville de magasins qui fournissait la population avoisinante de pauvres fermiers cultivateurs de tabac, maïs et coton. Le défilé de voitures atteignait son point culminant sur le parvis de la County Courthouse, après avoir passé en revue la population de la ville ainsi que les officiels du pouvoir politique et de la police, c’est-à-dire le maire et le chef de la police ainsi que le Shérif du comté. Ces faits offraient une vision inquiétante de la vie rurale et du pouvoir blanc en Géorgie. Les hommes et les femmes ornant leurs voitures de symboles racistes donnaient une image désastreuse. Les femmes, enfants et peut-être même les hommes impliqués n’étaient ni des démons ni des monstres sectaires mais plutôt des victimes se raccrochant à la seule marque pouvant les différencier des noirs exploités, la couleur de leur peau.

 

Géorgie

Frederick C. BALDWIN

Les Chevaliers du Ku Klux Klan (Kkkk) 1957

 

Publié dans Juillet 2010

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