Ironside

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

L’Homme de fer

de gauche à droite :  Don Mitchell ,  Raymond Burr ,  Barbara Anderson ,  Don Galloway

 

 

L'Homme de fer,  titre original Ironside,  est une série télévisée américaine en 17 épisodes de 90 minutes et 182 épisodes de 50 minutes, créée par Collier Young et diffusée entre le 28 mars 1967 et le 16 janvier 1975 sur le réseau NBC. En France, la série a été diffusée à partir du 24 novembre 1969 sur la première chaîne de l'ORTF.

Cette série met en scène Robert Dacier, redoutable policier qui, après avoir reçu une balle dans la colonne vertébrale, se retrouve dans un fauteuil roulant, privé de l'usage de ses jambes. Il est entouré d'une équipe efficace avec laquelle il continue à mener ses enquêtes policières.

Le compositeur de la musique du générique est Quincy Jones.

 

Robert Dacier peut devenir l’homme d’une vie.

Il a tout de l’individu parfait : extraordinaire intelligence, sens du devoir et de l’humour, écoute lucide, instinct paternel, galanterie délicate… Il sait percer la folle arrogance des jeunes désoeuvrés, la lutte acharnée des nantis pour l’argent et la réputation, les faux-semblants des meilleurs comédiens, la plus intime culpabilité. Il sait mener son équipe de fidèles co-équipiers (son chauffeur Mark, ses deux lieutenants Eve et Ed) et obtenir l’adhésion du chef de la police, des plus sceptiques, à ses théories.

 

Robert Dacier est l’archétype du héros universel, qui vient à bout de tous les obstacles (intellectuels, physiques, relationnels, professionnels), en chevalier de la persévérance et génie des liens de cause à effet. Mais il est surtout l’incarnation de la quintessence de l’individualisme américain, de l’ « homme qui s’est fait tout seul » : rescapé d’une tentative d’assassinat, enfoncé dans un étroit fauteuil roulant pour le restant de ses jours, désormais à la merci de n’importe quel criminel bipède, il parvient malgré tout à faire régner la justice dans les rues de San Francisco.

 

Créée en 1967, la série américaine L’Homme de fer témoigne, dès le premier épisode, d’une réelle originalité de traitement, malgré un pitch plutôt convenu (les enquêtes d’une poignée de flics, dans les bureaux de la police de San Francisco… difficile de trouver schéma narratif plus courant sur nos écrans) et le format même de tout épisode de série, d’une cinquantaine de minutes environ. L’Homme de fer contourne en effet les obstacles propres à la production de formats courts dans la durée, et se révèle vite constituer un vivier infini d’idées nouvelles.

 

D’abord, il y a ce coup de génie imparable, ce concept pillé par une grande partie des créateurs de série depuis : faire du personnage principal bien plus qu’un héros classique, en dessinant, épisode après épisode, le portrait d’un homme que chacun voudrait compter parmi ses amis - si ce n’est épouser sur-le-champ.

 

Soucieux du bonheur de ceux qui l’entourent au quotidien, fidèle à ses amitiés, Robert Dacier est un homme de valeurs, dont les qualités humaines séduisent. Grand-père de Michael Scofield, vraisemblablement… qui a sans doute également hérité du don de pédagogue de son grand-papa : l’inspecteur, qui loge dans les étages supérieurs des bureaux de la police, sait parfois abandonner pour quelques instants sa vue surplombante, afin de léguer un peu de son intelligence à ses co-équipiers. En fin observateur, il sait pousser ses collègues autant que ses ennemis au bout de leurs contradictions, anéantissant ceux de leurs raisonnements qui sont les plus biaisés et les amenant, pas à pas, à prendre conscience par eux-mêmes de l’impasse dans laquelle ils se sont fourrés. Quitte, en contrepartie, à faire siennes les analyses parfois justes de ses trois lieutenants, avec une mauvaise foi démesurée, toutefois teintée d’une pointe d’autodérision… Qui a dit que les surhommes étaient doués d’humilité ?

 

L’Homme de fer, dinosaure des séries policières, est aussi un double témoignage. Acte de naissance de la série moderne d’abord, avec une construction basée sur un élément narratif déclencheur particulièrement « impliquant » : la tentative d’assassinat dont l’inspecteur est victime, qui le conduit, de façon inattendue, à redoubler d’efforts pour mener à bien sa gigantesque entreprise de triomphe de la vérité, en s’entourant de dévoués serviteurs.

 

Chaque épisode est en outre conduit par une tension et une dysharmonie - au sens littéral du terme - grandissantes, jusqu’au paroxysme dramatique généralement constitué par la confrontation entre Robert Dacier et le criminel, enfin déjoué. Le raisonnement du –vrai- super-flic, ensuite expliqué, n’en est alors que plus impressionnant de lucidité. Le rythme, rondement mené donc, est en outre accéléré, comme dans la plupart des séries contemporaines, par la mise en parallèle d’actions simultanées. De l’ambiance bon enfant du bureau de Dacier aux faubourgs de San Francisco baignés de sang, il n’y a généralement qu’un plan : une vue plongeante sur la ville.

 

Construction savamment maîtrisée, mais également goût prononcé pour l’ancrage de chaque épisode dans le monde contemporain, font de L’Homme de fer un document d’archives précieux. La série n’échappe pas à son temps, elle plonge même plutôt avec délices ses personnages dans un quotidien fait de discrimination raciale, de corruption politique et policière, de Ku Klux Klan, de Guerre Froide et… de hippies déjantés. Tous les thèmes d’actualité semblent bons à prendre et, même si le regard posé par Dacier sur ces sujets éteint très vite la polémique par un jugement consensuel (le problème principal avec les loubards, les yéyés défoncés, les stars dépressives, les soviétiques hypocrites, les groupuscules politiques, c’est les agents du Mal qui y pullulent et menacent de contaminer), il n’est finalement que l’expression décomplexée de l’opinion publique de l’Amérique des années 1960 sur ces grandes problématiques sociétales. Ce qui n’en rend que plus intéressant encore ce traitement dramatisé de l’actualité d’alors.

 

Comme tous les dinosaures télévisuels, L’Homme de fer n’est donc pas exempt de quelques maladresses de style et d’une certaine naïveté dans le propos, même s’il est évidemment plus aisé de porter un jugement sur la Guerre Froide vingt ans après la chute du Mur...

Et puis, qui a dit que les surhommes ne frisaient jamais la caricature ?

 

Mathilde Durieux

Publié dans Novembre 2009

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