Il était une fois la révolution

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick


Rod STEIGER, Sergio LEONE et James COBURN sur le tournage du film

Il était une fois la révolution date de sortie 1972


C'était il y a quarante ans, la révolution était partout, au bout du fusil ou du manche de la Telecaster, entre les draps, dans les usines. En 1969, Sergio LEONE met en chantier un film qui se passe pendant la révolution mexicaine. En Italie, il sortira sous le titre Giu'la testa, ("Baisse la tête"), aux Etats-Unis, il s'appellera Duck, You Sucker ("Baisse-toi, abruti - ou connard"). Mais au pays de Pierre Overney et Pierre Messmer, il sera distribué, trois ans plus tard, en 1972, sous le titre majestueux Il était une fois la révolution.

 

Avant de commencer son film, Sergio LEONE affiche en une demi-douzaine de cartons une citation de Mao Tsé Toung (c'est comme ça qu'on l'écrivait à l'époque) qui commence par "La révolution ne sera pas un dîner mondain" et finit par "La révolution sera un acte de violence". Deux heures quarante (durée de la version voulue par Leone) plus tard, on est obligé de convenir que dans ce film-là, la pensée du Grand Timonier est d'une parfaite justesse.

 

Tout de suite après cette volée rhétorique, le spectateur et une colonie de fourmis sont noyés sous un flot d'urine qui arrose un arbre sec, image prémonitoire et dérisoire d'un genre humain emporté par le flux de l'histoire. Juan (Rod STEIGER), un bandit de grands chemins mexicain, se soulage en attendant une diligence qui transporte un échantillon quasi buñuélien de la bourgeoisie locale, évêque et dame patronnesse compris. Bientôt la reprise individuelle que pratiquent Juan et sa famille se heurte à la guérilla organisée que mène John (James COBURN), combattant républicain irlandais qui a cherché refuge aux côtés de Pancho Villa et Emiliano Zapata.

 

Les deux premiers tiers de Il était une fois la révolution sont traités sur le mode burlesque. Encore et encore, Juan est berné par John qui l'entraîne dans la guerre civile, aux côtés des forces révolutionnaires. Le paysan est alléché par les promesses, jamais tenues, de gain immédiat, et surtout fasciné par le pouvoir des explosifs que l'Irlandais manipule avec virtuosité. A la débauche de moyens de STEIGER (qui irrita profondément LEONE tout au long du tournage), COBURN oppose un détachement calqué sur les personnages que Clint Eastwood incarnait dans les premiers westerns du réalisateur.

 

Cette première partie démontre que la lenteur et l'étirement du temps n'empêchent pas le burlesque de rester frénétique et destructeur. La restauration du film par la Cinémathèque de Bologne, présentée au festival Lumière 2009 et maintenant projetée en salles, exacerbe encore les maquillages outranciers et les excès chromatiques. Pour un long moment, on peut prendre Il était une fois la révolution comme une autoparodie de LEONE.

 

Et puis, au hasard d'un affrontement, le film bascule dans la tragédie et met en scène solennellement la violence d'une guerre civile. Au premier plan, il y a toujours les deux compères, mais la relation s'est inversée. Le péon a pris conscience de sa place dans le conflit et se révolte contre sa condition de chair à canon tandis que le révolutionnaire professionnel ne continue le combat que par amitié. Derrière eux, LEONE chorégraphie l'horreur de la répression (une séquence particulièrement saisissante montre des soldats fusillant les suspects entassés dans des fosses) et l'effondrement de la société face à la violence.

 

Les flash-back, qui montrent le vert paradis de la jeunesse irlandaise de John (c'est à ces moments que l'on entend le thème d'Ennio Morricone dans lequel une voix féminine psalmodie le prénom "Sean"), sont un peu ridicules, avec leur flou à la David Hamilton et leurs ralentis ringards. Mais ils rendent encore plus violentes la lumière crue du soleil mexicain - en réalité andalou, comme tous les westerns de LEONE, le film a été tourné autour d'Almeria - et l'agitation humaine qu'il éclaire.

 

Thomas SOTINEL

Publié dans Octobre 2009

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