Gueule de bois

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie Peter DENCH

Parking du derby d’Epsom, la célèbre course hippique : un couple s’embrasse alors que, derrière, un homme est malade.

 

Oui, l'Anglais Peter DENCH fait du Martin Parr. Mais il le fait si bien! Avec une tendresse mordante, il raconte les siens. Et l’on sent qu’il se reconnaît dans ce monde alcoolisé où règne le mauvais goût. C’est trash et drôle à la fois.

Depuis 1999, le Britannique Peter DENCH a glané à travers le Royaume-Uni plus de 150 clichés de la jeunesse alcoolisée, de l'aristocratie arrogante, et de l'humour britannique.

Mais tout de même, concède-t-il, son amour de l'Angleterre "beauf", alcoolisée et de mauvais goût remonte à son enfance dans la ville côtière de Weymouth. "Mes parents ont tous deux travaillé dans une brasserie, et mon père faisait partie de l'équipe locale de foot. Autant dire que j'ai passé mon temps au pub. Weymouth est une ville violente, le week-end débarquent des marins en rut, les soirées sont très alcoolisées."

Le petit Peter DENCH s'imagine d'abord en joueur de cricket. Puis, à 14 ans, son père lui offre un appareil photo, un Pentax ME super. Ses premiers sujets de photo : "d'abord des coccinelles et ce type d'insectes. J'ai mis beaucoup de temps à photographier des êtres humains. C'est dommage. Rétrospectivement, ça me plairait bien d'avoir des documents de la vie nocturne de Weymouth de cette époque."

Les toutes premières personnes qu'il ose approcher avec un boîtier noir : les vieilles dames dont s'occupe sa mère en tant qu'aide à domicile. Pose-t-il déjà sur elles un regard d'ironie ? "Non, pas vraiment. Je suis sûr de pouvoir trouver dans mes archives quelques femmes obèses assises au fond d'un gros fauteuil, ou des coups de soleil sur la nuque et les bras. Mais non, l'humour est venu avec le temps, en prenant confiance en moi."Puis Peter DENCH se ravise : "En fait, c'est surtout quand j'ai pris conscience de l'existence des classes sociales en Grande-Bretagne, vers l'âge de 18 ans, que mes clichés ont pris ce tournant caustique. Avant cela, je ne savais même pas que les noms à particule existaient !" L'adolescent cherche alors toutes les occasions de se rendre à des derbys et des rallyes, dans des universités huppées. C'est peut-être cela, le but de son travail photographique : avoir l'occasion de chatouiller la barbe des aristocrates, leur taper sur le ventre et s'amuser de leur mauvais goût comme de celui des classes populaires. La tache sur la veste d'un aristocratique, un homme qui vomit à côté d'un couple qui s'embrasse, les petits-déjeuners gras et lourds, les soirées trop arrosées...

 

Publié dans Octobre 2011

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