Entre le réel et la fiction

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie André VILLERS

Boucherie chevaline, 22janvier 1998

 

André VILLERS est né à Beaucourt, territoire de Belfort le 10 octobre 1930. Hospitalisé à l’âge de 17 ans pour décalcification, il passera huit années au sanatorium de Vallauris dont cinq complètement alité. Retrouvant l’usage de ses jambes en 1951, il suit ses premiers cours de photographie.

En 1953, il rencontre Picasso qui lui offre son premier Rolleiflex. Dès lors commence une vraie carrière de photographe. A partir de 1957, il expose dans le monde entier. En 1958, il travaille en étroite collaboration avec Picasso. De cette collaboration naîtra quelques années plus tard le recueil « Diurnes » dont les textes sont de Prévert et édité par Bergruen.

Il rencontrera les plus grands artistes, Magnelli, Hartung, dont il fera le portrait, mais il se consacrera aussi à des recherches personnelles qui nous permettent de découvrir une autre façon de faire de la photographie. En 1966, les ombres des sculptures de Giacometti serviront à Aragon pour illustrer son « Lautreamont ».

En 1976, il va travailler à partir de pliages de feuilles de papier de cigarettes, baptisés par Michel Butor : Pliages d’ombres. Ils créeront aussi ensemble une série originale « Bouteille de survie », photographies et textes manuscrits.

Toutes ces expériences créatives nous montrent bien les possibilités artistiques que la photographie peut offrir à ce grand photographe passionné d’art, de poésie et de liberté.

La ville de Mougins dans les Alpes Maritimes honore ce photographe par la création du Musée de la Photographie qui porte son nom.

 

 

En ces temps où les médias nous imposent leur inclination pour les produits de la stridence et de la roublardise est-elle bien raisonnable ta discrétion, André VILLERS, pour ne nous laisser entrevoir que furtivement tes recherches graphiques.

Je veux te retenir par un pan de ta veste et de dire pourquoi j’aime tes images toutes chargées d’émotion.

Le fugitif m’est familier, chaque jour je tente de ruser avec lui, à ce petit jeu j’ai fini par prendre un certain plaisir. Par contre, la lourdeur appliquée me fait horreur, elle me rappelle trop le zèle obséquieux des bons élèves et je mets dans le même panier les exploiteurs de systèmes et les porteurs de messages.

Ta désobéissance aux valeurs consacrées nous entraîne loin de ces besogneux de la culture, tes images et leur légèreté pudique nous donnent envie de vivre avec cette sorte d’élégance qui est la tienne.

Salut, André VILLERS, et maintenant comme on ajoutait jadis une pesée au pain de campagne, voici en plus mon amitié.

 

Robert Doisneau, le 05 novembre 1982

 

Publié dans Mai 2011

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