Come and play with us for ever and ever

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

Photographie-RENE---RADKA-1-.jpg

 

 

Photographie RENE & RADKA

 

René Hallen, allemand, et Radka Leitmeritz, tchèque, se sont connus à Paris où ils travaillent en tant que photographes depuis bientôt dix ans. S’inspirant des techniques de la photographie publicitaire mais aussi du cinéma fantastique de David Lynch et de David Cronenberg, RENE & RADKA investissent le territoire de l’enfance. Un univers lisse et coloré, fascinant et inquiétant à la fois où les enfants posent dans des décors surréalistes appartenant au monde des adultes.

 

Il était une fois… vous avez peur des fantômes ? Vous savez ces histoires d’ogres et de sorcières qui hantent les légendes, ces histoires qui d’un seul coup vous font basculer dans cet autre monde peuplé de vampires et de démons. Là, dans les photographies de RENE & RADKA, vous ne verrez rien, ni cri, ni sang, juste l’intuition que quelque chose va advenir, une sensation étrange que le drame va se produire la seconde d’après. RENE & RADKA construisent leurs images avec finesse campant un univers fantastique où le cours harmonieux des choses semble vouloir se rompre brutalement. RENE & RADKA ont travaillé pour cette série avec des enfants. Ceux-ci évoluent dans des décors qui sont à l’image de leur univers : mi-rêve, mi-tourmente, les enfants animent ces atmosphères inquiétantes. Le jeu y est roi, la découverte curieuse, innocente. En portrait, les enfants nous interpellent ; en situation, ils sont les protagonistes d’une histoire qui les dépasse. Et pourtant, le monde de l’enfance est aussi celui du risque et de l’angoisse. À l’innocence apparente de l’enfance, répond un paysage menaçant. La lumière, savamment dosée, accentue les notes acides, approfondit les tons sombres. Les couleurs crissent. Le labyrinthe annonce une issue incertaine ; la balançoire vole avec autant de légèreté que le contexte est noir. Les jeux d’enfants sont déserts, paysages abandonnés, sujets aux pires scénarios, d’autant que rouillent déjà les chaînes des nacelles. Le suspense est à son comble, mais le cauchemar n’a pas encore basculé. Les photographies de RENE & RADKA mettent en scène un moment critique et au lieu de capter à la volée l’instant, elles dilatent le temps : passé et futur sont contenus dans la même image. Elles sont ce que Lessing, et avant lui Shaftesbury, appelaient l’instant fécond : l’oscillation mesurée entre le résidu et l’anticipation. Le Laocoon est à Lessing ce que l’acmé photographique est à RENE & RADKA. Leurs photographies exhalent le parfum aigre-doux de l’enfance qui n’a d’autre nom que l’initiation.

 

 

Publié dans Février 2012

Commenter cet article