Chaque photographie a son histoire

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie Steve MCCURRY

Tempête de poussière, Rajasthan, Inde, Juin 1983

photographie que l’on peut repérer sur la planche contact

 

 “En regardant les planches-contacts, souligne Raymond Depardon, j’ai l’impression de reconstituer mon propre parcours d’être humain. C’est toujours un très beau moment. C’est parfois encore plus beau, cela me procure encore plus de plaisir que le fait de prendre des photos.” Hier, au temps de l’argentique et de ses négatifs, la planche-contact offrait aux photographes le premier regard sur leur travail. Penchés sur le compte-fils ou la loupe à la main, ils découvraient l’ensemble des poses de leur film et savaient enfin s’ils rapportaient ou non du bon matériel. “Aujourd’hui, fait remarquer Susan Meiselas, avec les appareils numériques, cette incertitude a disparu. Mais on a aussi perdu l’impression de surprise.” Venait ensuite le rituel de la sélection, au crayon gras, à l’encre de Chine, par l’auteur ou l’éditeur, des photos qui allaient être tirées, publiées. La succession des petites vignettes montrait, un peu comme un journal intime, le déroulement des prises de vue, l’avant et l’après des “meilleures”, leur contexte, la montée en puissance ou la bonne fortune qui avait permis de les capter. Pratiques –d’un seul coup d’oeil toute une moisson d’images–, commodes à ranger, les planches-contacts étaient la mémoire des reportages. Ainsi, quand elle en présente 139, l’agence Magnum nous plonge-t-elle au plus précieux de ses archives tout en “documentant” soixante-dix ans d’histoire.

L’événement exigeait un ouvrage hors norme. Grand format (28 x 34 cm), le livre est lourd mais il n’a pas un gramme de trop. Parfaitement composées et imprimées, toutes les pages tiennent leur juste place. Outre les planches elles mêmes, que l’on prend plaisir à scruter, et les photos qui en sont extraites, elles comportent les témoignages de 69 grands photographes ou un commentaire éclairé sur leur travail. Un “dossier” qui renseigne sur les habitudes de chacun: économe en pellicule, Philip Jones Griffiths prend peu de photos du même sujet; Josef Koudelka, au moment de l’invasion de Prague, utilise des pellicules de cinéma, moins chères, mais qui ne portent pas de numéros –il ignore donc si les bandes, assemblées à New York un an après les faits, suivent parfaitement l’ordre chronologique; Elliott Erwitt n’aime pas toujours regarder ses planches "parce que c’est beaucoup de travail et qu’on peut se tromper" mais est conscient qu’il faut le faire plusieurs fois car, très souvent, “on ne voit pas les choses du premier coup”. “C’est seulement en examinant les planches-contacts, renchérit Martine Franck, que l’on voit comment la scène a évolué dans le temps et c’est pourquoi elles fascinent tant les amateurs de photo.” Autre thème de réflexion: la façon dont s’opère le choix des tirages. Bruno Barbey, qui a photographié Mai 68 à Paris, explique qu’à l’époque, dans l’urgence, il sélectionnait au premier coup d’œil. En rééditant ses clichés, lors du quarantième anniversaire des événements, il a trouvé “un tas de photos auxquelles, dit-il, nous n’avions pas prêté attention jusqu’alors”. Les planches-contacts pouvaient aussi servir de preuve. Celles de Gilles Peress sur le massacre de Bloody Sunday, à Derry en Irlande du Nord, en 1972, ont joué un rôle décisif pour l’enquête sur les responsabilités: elles ont prouvé que, contrairement à ce que prétendaient les militaires, les manifestants tués n’étaient pas armés. C’était, on l’a dit, hier. Longtemps avant l’invention de Photoshop.

 

Joëlle Ody

 

“Magnum Planches-Contacts”

Sous la direction de Kristen Lubben,

Editions de La Martinière

 

 

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REOUVERTURE LUNDI 23 JANVIER 2012

Publié dans Janvier 2012

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