Autour d'une photographie

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

Autour d'une photographie(1)



Photographie des maquisards de Boussoulet autour de leur instructeur Albert ORIOL-MALOIRE et Frantz MALASSIS

 

Ce célèbre cliché (1), extrait d'un reportage sur le maquis de Boussoulet, a été réalisé en janvier - février 1944, par un photographe salarié (resté anonyme à ce jour) de l'agence Keystone.

Il représente le groupe initial, originaire majoritairement de la Loire, autour de son instructeur l'aspirant Albert Oriol, devant la Maison de l'Assemblée (ancien lieu de culte des protestants) à Boussoulet (canton de Saint Julien Chapteuil en Haute Loire).

Revenu sur son département d'origine lors du débarquement de Normandie, ce groupe s'élargit pour constituer la première unité opérationnelle de l'Armée Secrète de la Loire baptisé " GMO 18 juin "

 

Quelques réfractaires, originaires du département de la Loire, avaient été dirigés par les responsables du mouvement "Combat" puis de l'A.S., vers le massif montagneux du Meygal, en Haute-Loire. Une implantation discrète, hors des grands axes routiers, aux abords du village de Boussoulet (près de Saint Julien Chapteuil) en un lieu de repli dans la forêt avoisinante, permettait une existence moins exposée que dans leur région d'origine, le Forez, dépourvue de bois profonds.

 

Le choix était d'ailleurs judicieux car ceux-ci, avec la complicité des habitants (2), purent échapper à une descente de la milice venue encercler la localité puis à un vaste ratissage effectué par les unités allemandes stationnées au Puy-en-Velay.

 

Depuis septembre 1943, le groupe vivait donc dans la clandestinité et - en vue de la préparation des combats de la Libération - le commandant Marey, chef de l'Armée Secrète, désigna comme responsable un jeune instituteur, Albert Oriol, aspirant de réserve, précédemment animateur d'un réseau de Résistance de jeunes à Roanne (Loire) qui venait d'éclater à la suite de plusieurs arrestations...

 

L'étude de l'armement (mitraillette Sten), l'utilisation d'explosifs et l'entraînement en groupe de combat permirent la constitution, dès le 6 juin 1944, d'un élément opérationnel qui rejoignit la région forézienne, en vue d'y incorporer d'autres volontaires, de s'équiper (véhicules, armements, etc.) et de participer au soulèvement général...

 

Le "G.M.O.18 juin" (Groupe Mobile d'Opérations) (3) commençait alors les actions armées.

 

Le 5 juillet 1944, sur les hauteurs de Saint-Maurice-en-Gourgois (Loire), un détachement allemand tente d'anéantir cette unité. Après une vive résistance, celle-ci décroche en ordre. Ce premier face à face sur le département, avec les forces d'occupation, confère au Groupe Mobile " 18 juin " ses lettres de noblesse qu'il honorera à Pichillon, Estivareilles, Pont-Rompu, Givors (Rhône) et lors de la marche sur Lyon puis sur les Alpes.

 

Son appellation symbolisait :

18 juin : premier appel de Londres

18 juin : premier maquis de l'Armée Secrète Loire

 

Les différentes formes de pensées ou de situations sociales s'effacèrent spontanément en raison d'une ambiance chaleureuse et fraternelle. Et la jeunesse, dénominateur commun, permit l'intégration des origines diverses des membres de ce groupe : étudiants ou membres de mouvements de jeunesse (Scouts ou Jocistes) ; ouvriers du quartier populaire de Solaure (Saint Etienne) ou agriculteurs de la plaine du Forez et du Roannais, etc.

 

 

Complément d'information :

 

Suite à la parution de l'article " la célèbre photographie des maquisards de Boussoulet autour de leur instructeur " par le colonel Albert Oriol-Maloire, nous avons reçu de nombreux courriers de résistants ou de leurs descendants figurant sur ce cliché. Les précisions et rectifications qu'ils ont pu nous fournir à cette occasion nous ont permis de compléter utilement son historique démontrant ainsi l'utilité de la toute nouvelle rubrique de notre revue " autour d'une photographie ". Nous les remercions vivement de leur aide nous permettant de cerner de plus près la vérité historique.

Maurice Patin, résistant membre de l'Armée Secrète de la Loire qui, maquisard au GMO 18 juin, figure sur ce cliché, nous apporte quelques éclaircissements sur l'auteur et le commanditaire du cliché : " Je doute que Keystone ait envoyé des reporters pour des photos clandestines, en pleine occupation. (...) Il est fort probable qu'elle a atterri chez Keystone vendue ou pas. Je me souviens que le photographe était de Saint-Étienne, il était professionnel et venu clandestinement amené par l'un de nos responsables ". On peut donc supposer que l'idée de l'un des responsables de l'Armée Secrète de la Haute-Loire était de transmettre ce reportage aux dirigeants de Londres afin de leur prouver la réelle efficacité des maquis et donc d'intensifier les parachutages d'armes dans ce secteur. On se souvient que les responsables locaux de l'Ain avaient souhaité qu'un film et des clichés soient pris durant le défilé du 11 novembre 1943 à Oyonnax dans ce même but.

Sur sa datation Maurice Patin nous livre des éléments d'appréciations qui tendent à prouver que contrairement à ce que nous avions avancé cette photo ne peut avoir été prise en janvier-février 1944. " Boussoulet à cette époque, avec ses 1190 mètres d'altitude est recouverte chaque année de 0,50 m à 1,60 m de neige. Or, sur la photo on voit de l'herbe et la floraison." Sur cette base, il pense qu'elle fut certainement prise en mai ou juin 1944. Ce dernier point est confirmé par Lucienne Carré, résistante, infirmière du maquis AS Cassino, fille d'Eugène Perrichon, qui  précise que son père " fut emmené au maquis de Boussoulet par Maurice Patin en 1944 " pour ne le quitter définitivement qu'" après le combat de Gland (5 juillet 1944). Son âge ne lui permettant plus son action clandestine ".

 

Frantz MALASSIS

 

 

(1) NDLR : Ce cliché (6X6) est conservée par l'agence Keystone sous la référence V 439/9.

La légende de l'époque, dactylographiée au dos du cliché original, est la suivante : " Des armes ont été parachutées et les jeunes gens du maquis, non habillés encore, étudient le fonctionnement et le maniement des armes. "

On trouve toujours au dos une autre légende manuscrite : "  Maquis en Haute-Loire dans une cour de ferme. Un maquisard apprend aux nouvelles recrues le démontage et le remontage des armes "

 

 

(2) C'est d'ailleurs à quelques kilomètres de là, que toute la population du Chambon-sur-Lignon avait accueilli et hébergé de nombreux enfants juifs. Le pasteur Trocmé et la fraternité protestante étaient à l'origine de cet engagement qui permit de sauver maintes vies.

 

(3) Dans un souci de commandement, chaque unité, de la taille d'une compagnie de 100 à 200 combattants, était totalement indépendante (moyens de déplacement propre, transmission, service sanitaire ...)

Publié dans Février 2010

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