Au dessous du réel

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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PLONK & REPLONK nous écrivent de Suisse

 

C’est élégant, malin… et très drôle. Depuis douze ans, PLONK & REPLONK (Jacques et Hubert Froidevaux), deux Helvètes fantaisistes, mettent leur sens aigu du burlesque au service de cartes postales aussi déjantées que surannées. Echantillon gratuit.

 

Bienvenue dans l'univers déjanté des éditions PLONK & REPLONK, un univers peuplé d'objets kitsch et loufoques, de grandes théories ubuesques, de nains de jardin bétonnés et de machines à couper les cheveux en quatre. Pour une rencontre à se plier en deux ou à s'arracher les cheveux...

PLONK! Fait l'enclume. REPLONK! Répète-t-elle en écho. Bienvenue dans l'univers délirant de PLONK & REPLONK, ce mystérieux collectif de créateurs et d'éditeurs suisse connu à travers ses cartes postales, ses affiches et ses autocollants rétro et décalés. A coup de jeux de mots, de clichés détournés et d'images truquées, ces drôles d'éditeurs transmettent leur vision d'un monde burlesque qui ne se prend pas au sérieux.

 

Fondées en 1997 par deux frères, Hubert et Jacques Froidevaux, les éditions PLONK & REPLONK se sont peu à peu bâties une réputation en Suisse, en Belgique mais aussi en France, où cartes postales et expositions contribuent à diffuser leurs idées farfelues. A en croire leur site, PLONK & REPLONK seraient également l'"un des principaux leaders sur le marché européen du nain de jardin bétonné, un secteur à forte croissance" (!). Mais que sait-on vraiment de cet ovni de l'édition ? Afin de (tenter de) répondre à cette question, Céline Rouzet a osé s'aventurer sur la planète de PLONK & REPLONK, les éditeurs marteaux.

 

Pouvez-vous vous présenter ?

 

PLONK : Oui. Voilà, je vous présente Replonk.

 

REPLONK : Nous sommes un collectif qui travaille principalement dans le domaine de l'image. Nous sommes notamment connus pour nos photomontages humoristiques, mais nous utilisons aussi d'autres techniques, telles l'écriture, la bétonneuse, et la méditation apéritive.

 

Que proposent vos éditions ?

 

PLONK : Livres, machines, nains de jardins coulés dans le béton, pinaillettes, bref, tout ce qui donne un sens à l'existence.

 

Vous avez dit "pinaillettes"?

 

PLONK: L'invention du millénaire. Elle permettra de sauver les quatre-quarts de l'humanité dans un proche avenir. Nous avons déposé une demande de béatification auprès du Vatican pour son inventeur : François Baggenstoss.

 

REPLONK: La Pinaillette Baggenstoss, exception dans notre catalogue, n'est pas de nous, elle a été conçue par notre ami feu François Baggenstoss, théoricien trop méconnu qui a longuement étudié les effets secondaires de la précision suisse sur le comportement humain dans notre magnifique région horlogère. Cette machine sert à couper les cheveux en quatre à l'aide de ses  deux mains.

 

Que faisiez-vous avant de créer ces éditions ? Quel a été le déclic ?

 

PLONK : J'étais moniteur de ski dans le Sahel, je sentais mon horizon professionnel se boucher à petit feu. En vendant mon matériel de ski au Grand Marché de Ouagadougou, j'ai eu de quoi acheter un calepin, un crayon et noter toutes ces idées qui me submergeaient alors.

 

REPLONK : Les membres fondateurs sont Jacques et Hubert Froidevaux et Miguel Morales, accessoirement ami d'enfance. Une équipe soudée comme trois morceaux de pain dans une fondue. Depuis l'âge de douze ans nous avons commencé à délirer avec des fanzines polycopiés aux titres explicites, tel que le "Yaourt qui tue". Les choses se sont concrétisées en 1997, avec l'esquisse d'une réalité professionnelle, les premières éditions de cartes postales et une collaboration hebdomadaire avec le journal Le Temps de Genève.

 

Comment votre idée a-t-elle été reçue ? La création de vos éditions a-t-elle été difficile?

 

PLONK : Oui, c'est bien de pouvoir enfin en parler : les débuts étaient très durs. Les petits enfants nous jetaient des pierres quand ils nous voyaient dans la rue. Par la suite, nous leur avons renvoyé de plus grosses pierres, et tout s'est arrangé dans la bonne humeur.

 

Vous proposez tout un tas d'objets saugrenus sur votre site ; on peut même y acheter des actions libellées en zorros...

 

PLONK : Vous comprendrez aisément qu'en ces temps de traque fiscale, nous passerons sur ce sujet comme chat sur braise ! Néanmoins, si ce produit financier vous intéresse, nous pouvons vous garantir la plus grande discrétion vis à vis des autorités financières de votre pays. Nous ne communiquons pas les noms de nos clients à des tiers. (22€ l'action payable sur notre compte au Luxembourg.)

 

REPLONK : La haute finance est un monde si fabuleux, si féerique, si merveilleux et incohérent ! Nous voulions en être ! Nous avons émis ces papiers valeurs à plus-value décorative, qui n'ont même pas frémis sous l'onde de choc des derniers krachs boursiers. Nous pensons à une suite : des bons du trésor mangeables en mie de pain agglomérée.

 

Vous proposez une collection de cartes qui s'intitule "Les plus beaux dimanches". Qu'a-t-il de si spécial, le dimanche ?

 

REPLONK : Le dimanche est un jour très particulier, un peu comme une charentaise en apesanteur dans l'espace.

 

Que trouve-t-on sur vos panonceaux postaux ?

 

PLONK : Des textes ! Et si vous les postez, quelqu'un d'autre peut les lire aussi. C'est un concept révolutionnaire. La Poste doit nous  subventionner !

 

REPLONK: Des maximes, des instructions, des informations pratiques qui aident à vivre et rappellent les règles de la décence dans une société policée.

 

Vous jouez beaucoup avec les lieux communs, anciens et présents. Pourquoi ?

 

PLONK : Sans doute parce que c'est plus facile à détourner qu'un avion de ligne ou qu'un sous-marin de combat. Nous sommes un peu paresseux.

 

REPLONK : Les lieux communs sont la scène principale de nos courtes vies. On passe plus de temps dans les parkings souterrains, les files d'attente de supermarché et les arrêts de bus qu'à l'opéra ou en première ligne d'un champ de bataille, sabre au clair, sur un étalon blanc.

 

Quel message se cache derrière ces phrases absurdes et ces photomontages ?

 

REPLONK : Ce monde n'est pas sérieux, Dieu est une femme, elle porte une fausse barbe.

 

Comment expliquez-vous votre succès ? Ne pourrait-on pas le traduire par un effet de ras-le-bol des gens face à la morosité ambiante ? Un besoin de rire ?

 

PLONK : Vous avez répondu à la question.

 

Vous êtes éditeur, mais vous avez aussi réalisé quelques expositions en Suisse, en France... Finalement, votre travail n'est-il pas en train d'évoluer vers une forme d'art ?

 

PLONK: Nous sommes effectivement les fers de lance du néo-mouvement de l'Art Temporain, né en réaction à l'Art Contemporain, déjà devenu obsolète et pompier. La prochaine Biennale de Venise n'a qu’à bien se tenir sur ses pilotis !

 

REPLONK : Il m'est difficile de distinguer les frontières entre artisanat, art, humour...et ce n'est pas une priorité pour moi. Mais, en y pensant, on pourrait imaginer une douane culturelle, des taxes pour l'état.

 

Quand viendrez-vous nous rendre visite en France ?

 

REPLONK : Nous nous rendons fréquemment en France. Nous avons de nombreux amis français, et en comptons même parmi nos proches, dont notre propre mère. Nous franchissons souvent la frontière qui est à un jet de saucisse de Morteau.

 

Céline ROUZET

Publié dans Mars 2010

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