Campesinos

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

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Photographie Tina MODOTTI

Défilé de travailleurs, Mexique, 1926.

 

Mais quelle vie extraordinaire a eu cette petite émigrée italienne ! Arrivée à San Francisco en 1913, elle épousa quelques années plus tard Roubaix de l'Abrie Richey, un jeune poète canadien. Elle fut actrice de quelques films muets aux débuts d'Hollywood mais insatisfaite des rôles de potiche qui lui étaient offerts, elle partit encore plus au Sud et s'établit à Mexico avec son nouveau compagnon, le photographe Edward Weston, dont elle deviendra l'assistante et le modèle. De ses conquêtes amoureuses, on retiendra son amant Julio Antonio Mella, jeune révolutionnaire cubain en exil à Mexico, assassiné en 1928 alors qu'il se promenait à ses côtés ; de son adhésion au parti communiste, on se souviendra de son engagement social, et finalement de son expulsion du Mexique en 1928 pour ses activités politiques. Et ce nouvel exil va entraîner MODOTTI dans une spirale infernale.

On la retrouve en Allemagne au début des années 1930, en Union soviétique au moment des grandes purges de Staline, et puis au Espagne en pleine guerre civile... Et lorsque MODOTTI est enfin autorisée à revenir au Mexique, pays de ses premières amours, elle y séjournera quelque temps avant de succomber dans une quasi-solitude, d'une mystérieuse crise cardiaque à l'âge de 46 ans. Moins de dix ans ont suffi à construire l'oeuvre photographique de Tina MODOTTI (de 1923 à 1930). Il faut lire sa correspondance avec Weston pour comprendre comment elle a appris, dominé, surpassé, transcendé, puis délaissé la photographie pour s'engager à corps perdu dans la cause politique.

Avec l'arrivée de Obregón au pouvoir en 1921, le Mexique, tout juste remis de l'onde de choc causée par la révolution, se prépare à entrer dans une décennie placée sous le signe d'une relative stabilité politique. Le pays annonce alors le renouvellement de ses structures, les arts deviennent un enjeu politique, les commandes se multiplient ; en quelques années Mexico va s'afficher comme la capitale du renouveau culturel. La jeunesse, le dynamisme et l'attrait d'un pays, associés à une politique culturelle ambitieuse, riches d'actions sociales et de projets pédagogiques participent à la séduction d'une large communauté internationale d'intellectuels, d'écrivains, de poètes, d'artistes et de photographes qui séjourneront et travailleront au Mexique.

Mexico devient une terre de prédilection pour ces mouvements d'avant-garde qui seront à l'origine d'une révolution artistique. Et parmi, les artistes - qu'ils soient peintres et muralistes, que l'on pense à Diego Rivera, Frida Kahlo ou David Alfaro Siqueiros - généralement associés à ce renouveau, les photographes revendiquent une place de choix et s'affirment comme les tenants de la nouvelle vision.  Si la carrière de Tina MODOTTI photographe peut sembler particulièrement courte, elle s'impose de manière radicale. Formée par Edward Weston, dont elle fut l'assistante, le modèle et la maîtresse, MODOTTI assimilera rapidement la rigueur formaliste de son mentor et l'enrichira d'un engagement social. Elle trouvera ainsi naturellement sa place au sein d'une renaissance mexicaine qui, au-delà d'une révolution picturale, s'affirme par une volonté d'un retour aux sources, d'un engagement pro indien, de l'intégration et du renouveau des traditions préhispaniques à travers l'expression d'un art définitivement vernaculaire.

Parmi les avant-gardes, Tina MODOTTI reste une pionnière de la modernité photographique, ouvrant la voie à une école mexicaine, qu'il s'agisse de Manuel Alvarez Bravo, de Lola Alvarez Bravo ou de photographes récemment redécouverts comme Agustin Jimenez et Emilio Amero.

 

Publié dans Mai 2011

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