Majorettes

Publié le par BERTRAND BAINSON Patrick

Les gens sont venus juste pour nous voir

Ça les rend contents d'entendre notre fanfare

On a des uniformes verts, des casquettes

Moi pour faire mieux j'ai mis des épaulettes

Mon tuba s'enroule en boa constrictor

Je l'ai tellement briqué qu'on dirait de l'or

Son pavillon qui brille c'est mon auréole

On se voit dedans, ça déforme, ça gondole

Je marche tout derrière avec les tambours

Les lèvres collées à mon embouchure

Tonnent les basses, résonnent les cymbales

Tempêtent les trompettes... fête municipale !

 

J'aime bien parader habillé comme tout le monde

D'habitude on me moque alors j'aime bien qu'on me confonde

Avec le fils du notaire, le gérant de l'épicerie

Moi je ramasse les feuilles pour la mairie

Et les majorettes sautillent en cadence

Menées de main de maître par la reine de la danse

Elle s'appelle Nadège, elle est drôlement belle

D'ailleurs on est tous amoureux d'elle

On dirait avec sa queue de cheval

Une sirène avec des jambes normales

Sa mini-jupe rouge que j'aime vachement

Parce qu'on voit sa culotte tout le temps

 

Petit pont arrière, salto, fléchissement

Un pas de côté, le tout en souriant

Elle lance son bâton qu'elle rattrape à tous les coups

Et reprend sa marche en montant les genoux

 

"T'es belle comme une fée, comme une Miss Picardie

Une fille de la télé, une Ferrari"

C'est ce qu'il y avait dans la lettre que je lui ai envoyé

Elle sait pas que c'était moi, j'ai pas osé signer

Parce qu'il y a un problème, c'est un militaire

Qu'a un bel uniforme, un vrai, un de l'armée de l'air

Il fait son service à la caserne d'à côté

À la fête forraine Nadège l'a embrassé...

 

Moi aussi j'aurais pû avoir le même uniforme

Pourquoi c'est toujours les mêmes qu'on réforme ?

Parce que dans ma tête y'a un truc qui va pas

La patrie et Nadège ils veulent pas de moi

Des fois je fais des rêves, j'ai mon uniforme vert

Mais dans mon rêve c'est celui de l'armée de l'air

Je défile en tête sur les Champs Elysées

Et Nadège elle est fière (dans mon rêve on est mariés)

Mais quand Grand-mère me réveille

Je redeviens celui qui ramasse les feuilles

Le bon à rien qu'a pas toute sa tête

Les enfants me moquent et me traitent

 

Les enfants je m'en fous, d'ailleurs je m'en fous de tout

Des jupes des majorettes et de ce qu'il y a en dessous

Je voudrais tous qu'ils crèvent avec leur fanfare

Leurs vrais uniformes et leurs beaux militaires

Je vais faire des fausses notes, saccager la Madelon

Pour que Nadège rate une fois son bâton

Leur gâcher la parade, leur casser les oreilles

Je suis bon à rien, la preuve : je ramasse les feuilles mortes

 

BENABAR

Publié dans Mai 2009

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