Mardi 24 novembre 2009

Photographie Charles NEGRE

Ramoneurs en marche, 1851-1852

 

 

« Une perle, une petite épreuve de 10 centimètres carrés. Rien de plus ravissant que cette pochade, qui rappelle les dessins de Rembrandt. C’est tout un tableau, les Ramoneurs !

[…] Murillo revit tout entier dans cette scène naïve, pittoresque et frappante. » Ainsi s’extasie le critique Charles Bauchal, dans le journal La Lumière du 29 mai 1852, à propos de cette image de Charles NEGRE, aujourd’hui conservée par la Société française de photographie et considérée comme un autre incunable de l’histoire de la photographie.

Henri de Lacretelle, commentant une scène de marché du même artiste, ne craint pas d’affirmer que « son objectif va aussi vite que le mouvement […] C’est la vie elle-même, et Mr NEGRE l’a arrêtée par un prodige, dans un centième de seconde », tandis qu’Ernest Lacan prédit : « Nous ne serions pas trop surpris qu’il nous montrât un jour le dessin photographique d’un cheval au galop. »

On imagine mal aujourd’hui l’étonnement ressenti à l’époque devant ces premières images de passants en mouvement. Bien qu’en réalité Charles NEGRE ait vraisemblablement fait poser ses modèles dans la position de la marche, pour donner l’impression d’un mouvement pris « sur le vif », cette image traduit une aspiration essentielle de la photographie : arrêter le temps pour attraper l’instantané. Ce qui frappe aussi les commentateurs, c’est le caractère réaliste et quotidien de la scène. Souvent originaires de Savoie, les ramoneurs étaient essentiellement recrutés parmi les enfants et les adolescents en raison de leur petite taille, qui leur permettait de se faufiler dans les cheminées. Ils étaient des personnages familiers de la rue parisienne, et Charles NEGRE, qui habitait au 21, quai Bourbon, les voyait souvent passer. Prise en plein cœur de Paris, la photographie montre des gens du peuple exerçant de « petits métiers », qui étaient traditionnellement, depuis le XVIe siècle, figurés en gravure ou en illustration mais que l’on avait pas l’habitude de voir photographiés. Cette imagerie des passants de Paris et du Paris pittoresque se perpétuera par la suite dans les cartes postales de 1900 et dans les images d’Atget ou de Doisneau. L’œuvre de Charles NEGRE, quasiment tombée dans l’oubli après sa mort en 1880, a été exhumée et publiée par le libraire et collectionneur parisien André Jammes en 1963. Une autre image de la série des ramoneurs, légèrement plus grande, a été classé « trésor national » et frappée d’interdiction de sortie du territoire français lors de sa mise en vente à Sotheby’s Paris, le 22 mars 2002, par Marie-Thérèse et André Jammes. Cette photographie appartient aujourd’hui au musée Carnavalet.

 

Virginie CHARDIN

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Par BERTRAND BAINSON Patrick - Publié dans : Novembre 2009
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